Corinne Verdan-Moser

Nata a Vevey, Corinne Verdan-Moser si è laureata all'ETI (ora FTI – Faculté de traduction et d’interprétation) dell'Università di Ginevra. Dopo aver soggiornato in Inghilterra e in Germania, si è stabilita a Chardonne presso Vevey dove dal 1988 comincia un’attività  come traduttrice indipendente specializzata in testi generali e letterarii. Traduce dal tedesco, dall'inglese e dal tedesco/svizzero-tedesco verso il francese. Si è fatta conoscere anche come corretrice di bozze ed autrice.

Das Lied vom knarrenden Parkett

Lugano, Villa Ciani

Ungespielt wirkt die Freude
des ersten Aufsehers als du
bezahlst und er dein
Billett über die Tischplatte schiebt
                                                           der Zweite
öffnet dir persönlich das Garderobenkästchen erläutert
wo man das Zweifrankenstück ein-
wirft und weist
präzise nach dass die
Treppen zum Hochsteigen da sind
                                                           der dritte
Herr übers Obergeschoss zeigt dir
den Weg dem Pfeil nach Saal
um Saal Bild
um Bild schreitest du ab Petrinis
flammende Heilige und die
Bürgerstöchter Rinaldis und von
Rossi die Bauernmädchen und
hin und wieder
begegnest du auch dem
Aufseher (lächelnd
kreist er im Gegensinn)
                                    immer
vorsichtiger setzt du die Sohlen
auf das Parkett das
schöngeschliffne mit den In-
tarsien von alter Kastanie die so
schauerlich quietschen bei jedem tritt und
allmählich begreifst du: in diesem
Museum sind Be-
sucher ebenso
kostbar wie
                        Gemälde.

*  *  *  *  *  *  *

Le chant du parquet qui grince

Lugano, Villa Ciani

Avec une joie non feinte
le premier gardien encaisse ton
argent et fait glisser vers toi un ticket
sur la surface polie du comptoir
                                               le deuxième
vient en personne t’ouvrir le casier du vestiaire il
t’explique où introduire la pièce de deux
francs et tient à te
montrer précisé-
ment où sont les marches à gravir
                                               le troisième
surveillant qui règne à l’étage supérieur
t’indique la flèche à suivre salle
après salle tableau
après tableau tu passes des saints
exaltés de Petrini aux filles de
bourgeois de Rinaldi aux
jeunes paysannes de Rossi
ici et là
tu croises aussi
le gardien (qui tout sourire fait le
parcours en sens inverse) avec
                                               toujours
plus de précaution tu poses la semelle
sur le parquet
parfaitement poncé avec sa mar-
queterie en vieux châtaignier
qui grince effroyablement à chaque pas et
peu à peu tu comprends : dans ce
musée les visi-
teurs sont aussi
précieux que des
                                    tableaux.

*  *  *  *  *  *  *


Seltsame Wanderung

Im Nebel ist die Landschaft ein weisses Blatt du
wendest es langsam liest Vorab-
drucke von Fussnoten neben der Strasse die
Brombeerranken das Nielengestrüpp sie fransen
aus (nur im Nebel
bist du frei nur im
Nebel bist du allein) selbst die Fahrbahn legt sich
nicht weiter fest als auf die nächsten
fünf Meter / später ist
alles am Drehn weit
weg siehst du
erste Notizen von
Dörfern einen
Aufriss von Licht und Bergrücken einzelne
Wörter / wieder
senkst du den Blick auf die
Bahn von Asphalt und voran-
schreitend setzt du
aus dem Gedächtnis zusammen neu die zu
Stücken gegangene Welt.

*  *  *  *  *  *  *

Versprechen

In der Gasse traf ich dich nicht
das Wasserbecken am Waschhaus
hatte weder Erinnerung noch
Bedenken / was wischte der Alte
mit seinem Reisbesen beiseite vor
der Haustür? Ich will lernen
vorüberzugehen als wäre

ich nicht dagewesen.

*  *  *  *  *  *  *

Etrange randonnée

Dans le brouillard le paysage est une page blanche tu
la tournes lentement lis des brouillons de no-
tes de pied de page sur le bord de la route les
mûriers les ronciers ils s’effilochent (il
n’y a que dans le brouillard que
tu es libre il n’y a que dans le
brouillard que tu es seul) même la route devant toi
ne se fixe que sur
cinq mètres / plus tard tout
se met à changer dans le
lointain tu vois les
premières ébauches de
villages une
déchirure de lumière et des crêtes ici et là
des mots / encore
ton regard se pose sur le
ruban d’asphalte et tout en
progressant tu
réassembles de mémoire ce monde
tombé en morceaux.

*  *  *  *  *  *  *

Promesse

Tu n’y étais pas dans la ruelle
le bassin du lavoir n’avait ni
souvenir ni soupçon / le vieux
avec son balai de riz que faisait-il
disparaître sur le pas de la
porte ? Je veux apprendre à passer
mine de rien comme si
                                    je n’avais pas été là.

*  *  *  *  *  *  *

Bel Paese

Bei der Einfahrt in die Provinz
Sondrio verkündet
ein grosses Schild zwischen Land-
strasse und Kuhweide
zona produzione bresaola
hätten bloss auch wir
einen so klaren Blick in
unsere Zukunft wie hier
das grasende Rindvieh.

*  *  *  *  *  *  *

Casasco

Frühmorgens funkelt im-
mer dieselbe
Fensterscheibe vom Hang gegen-
über in mein Zimmer ein
irdischer Morgenstern das
Dorf mit dem Kirch
turm ist
wirklich es blinzelt mir zu und den
ganzen Tag fühle ich mich als
wäre
            ich Hermann Hesse.






Bel Paese

À l’entrée de la province de
Sondrio un grand panneau
entre départementale et pré à
vaches annonce
zona produzione bresaola
si seulement nous aussi
pouvions avoir une vision
aussi claire de notre avenir
que ce bétail en train de paître.

*  *  *  *  *  *  *

Casasco

À l’aube c’est toujours le mê-
me carreau de fenêtre
que je vois étinceler sur la colline
d’en face depuis ma chambre une
terrestre étoile du matin le
village avec son clo-
cher est
réel il me fait des clins d’œil et toute
la journée je me sens comme si
j’étais
            moi-même Hermann Hesse.





 


D'Zyt aahalte - Arrêter le temps de Barbara Traber - traduit du bernois par Corinne Verdan-Moser


Gägepol

Altwybersummertage. No einisch Sunne u Wermi. Mi gniesst’s, wi we’s z letschte Mal wär, ghört halt derzue mit Runzele u meh oder weniger graue Haar.

Aber da steit me plötzlech voremene Maisfäld mit meterhöche Pflanze u luegt u stuunet u mues ds Lache verbysse. I de Hüllbletter versteckt: luter Kolbe. Was für ne Verschleiss vo Männlechkeit!

Contraste

L’été indien. Un petit rab de soleil et de chaleur. On le savoure comme si c’était la dernière fois, surtout ma foi si on est à la saison des rides, des implants et des cheveux grisonnants.

Arrêt soudain devant un champ de maïs couvert d’une armée serrée de tiges immenses et on regarde, et on s’étonne et on réprime un fou rire. Là, caché dans leurs étuis foliés, plein d’épis oubliés : quel gaspillage de belles virilités !

*  *  *

Holzwäg

Hie und da het’s no e letschte roten Öpfel amene Boum, e Spätzünder, wo bim Abläse vergässe worden isch. I schuene dür ds Loub wi düre Schlick vomene Wattemeer u frage mi undereinisch, öb sech‘s würklech lohnt, uf d Wält z cho u z wachse u scho gly es Hüüffeli Äsche z wärde wi di guet glagerete Schytli vo Tanne u Bueche i mym Schwedenofe. Aber Holz wachst geng wider nache.

Vilicht bin i uf em Holzwäg. I ha geschter zwöi Ster Schytli ufbigelet, Vorrat für e Winter – mit eren Usduur, won i süsch nume bim Schrybe ha.

L’arbre et la forêt

Ici et là, les dernières pommes rouges, mûries sur le tard et oubliées à la cueillette, attendent sur les branches dénudées. J’avance dans les feuilles mortes, comme dans le limon à marée basse, et je me demande si ça vaut vraiment la peine de naître, de grandir, pour bientôt devenir un petit tas de cendres, comme au fond de mon poêle suédois les bûches de sapin et de foyard. Mais le bois, ça repousse...

Peut-être que je m’égare dans cette forêt qu’un seul arbre parvient parfois à me cacher. Hier, j’ai empilé deux stères de bûches, ma réserve pour l’hiver, avec une persévérance dont je ne fais preuve par ailleurs que pour écrire.

*  *  *

Füür u Flamme

Es knischteret, tigget, knacket, ruuschet, zünglet, funket – bis ds Holz im Ofe richtig glüejt u wermt.

I luege zue u lose u lege Schyter nache, wi we’s mys innere Füür wär, won i geng vo nöjem müesst entfache.

Tout feu tout flamme

Ça craque et claque et pète et siffle et souffle et lèche – jusqu’à ce que le bois dans le poêle rougeoie et dégage une bonne chaleur.

Je le regarde et je l’écoute et je remets des bûches, comme si c’était mon feu intérieur que je devais nourrir sans relâche.

*  *  *